Accueil > Actualités > La vie d'chez nous
Imprimer Ajouter aux favoris

La vie d'chez nous

NOS ANCIENS, ILS SONT LA MEMOIRE DE NOS VILLAGES...

m_et_mme_cohanier

Rencontre avec Madame et Monsieur André COHANIER.

Madame Andrée COHANIER (de son nom de jeune fille Julliard) est née à St Jeoire le 28 août 1918. Son papa est fromager et il emmènera toute sa petite famille avec lui à chaque fois qu’il changera de fruitière. Ils s’installeront ainsi à VILLE-EN-SALLAZ,  à TANINGES, à LA TOUR EN FAUCIGNY, à ST ANDRE DE BOEGE, à PEILLONNEX, puis à VIUZ-EN-SALLAZ au lieu-dit « Le Déluge ».
Madame COHANIER aura la douleur de perdre sa maman très tôt. Ainsi à 16 ans, c’est elle qui gère la maison et ses 4 hommes, son papa, ses deux frères et l’ouvrier qui travaille à la fruitière.

Monsieur André COHANIER est né le 22 avril 1917, trois ans après sa sœur Louise que tous surnommaient  « Louisa », la famille habite dans la ferme à Brénaz*. Il va à l’école primaire des Pagnoud* puis, vient l’armée. Il y reste 3 ans (2 ans au service militaire et 1 an à la guerre).

Enfants, ils se sont connus au catéchisme à VIUZ ; jeune homme et jeune fille ils se croisent à nouveau sur les chemins de la commune ….chemins qui les emmènent à l’église le 29 octobre 1941. De leur union naîtront 2 enfants, une fille Nicole et un garçon Patrick. Aujourd’hui, ils sont heureux d’avoir 3 petits enfants et 3 arrières petits enfants.

En 93 ans, ils nous ont confié avoir connu des choses extraordinaires.
André se souvient encore quand l’eau était la seule énergie à faire tourner les machines, celle qui ruisselait des pentes du Déluge*, alimentait les moulins à blé et la scierie de Brénaz*. 
Lorsque l’électricité est arrivée, la fée était si belle que la première nuit personne n’entreprit d’appuyer sur l’interrupteur pour la faire disparaître, elle brilla jusqu’à l’aube.
Puis, avec un petit sourire aux lèvres, André ajouta que cette nouvelle venue avait quelque peu perturbé les habitudes des amoureux… contraints parfois de chercher un nouveau coin tranquille si un lampadaire avait été installé sur leur lieu de rendez-vous… !

Andrée a été très impressionnée par le géant du ciel de l’époque le dirigeable Zeppelin, éblouissant dans sa couleur aluminium. Le téléphone, elle n’était qu’adolescente, quand elle l’a connu, le seul du village, installé à la fruitière de VILLE-EN-SALLAZ, il fonctionnait à manivelle ! Il y a eu aussi la radio, puis la télévision …et là retour au présent, Andrée dit que les enfants d’aujourd’hui sont trop gâtés, eux n’avaient rien alors ils s’enthousiasmaient et s’émerveillaient de chaque progrès.

Il y a les souvenirs terribles de la guerre, toutes ces victimes, les armes cachées dans le four à pain, les tickets de rationnement même si, ici à la campagne personne n’a trop souffert des restrictions alimentaires, la maladie du renard  (l’échinococcose) qui a tant fait souffrir André, et l’épreuve de la disparition des proches.

Puis, il y a tous ces souvenirs heureux, les enfants, la famille, les deux semaines de vacances,  une à la mer dans les années 70, et une autre à PARIS, bûcheron l’hiver et aux travaux de la ferme l’été, il n’était pas facile de partir… !

Leur recette du bonheur c’est l’émulsion quotidienne d’une multitude d’ingrédients : profiter de chaque instant, savoir s’émerveiller, cultiver l’humour et la convivialité (Andrée lave parfois jusqu’à 18 tasses en une seule journée !), partager les tâches (André est le spécialiste de la sauce salade !) Et lorsqu’ils ont fini le travail du jardin ou les moult réparations à l’atelier, ils adorent jouer à la belote…

(* lieu-dit de Viuz).

photo_mme_x

 

Madame PELLET-GALLAY Gilberte, née PELLET-COLLET


Gilberte est née à Viuz-en-Sallaz, le 12 octobre 1921, fille de Théophile PELLET-COLLET, cultivateur, à Viuz, et de Marie PELLET-JAMBAZ.

Fille unique, Gilberte, est née à Bard, maison de famille dans laquelle elle habite encore aujourd’hui. Sa maman ayant rencontré de graves difficultés en la mettant au monde, Gilberte, à son grand regret, n’aura pas la chance de grandir entourée de frères et sœurs.

Son prénom fut un sérieux problème pour elle. Ses parents avaient pris l’habitude d’utiliser le pseudonyme de « petit trésor ». En effet, sa grand-mère paternelle ne voulait pas l’appeler Gilberte prétextant qu’aucun Saint ne le représentait dans le calendrier. Une coïncidence extraordinaire voulut que son institutrice, à l’école de Sevraz s’appela elle aussi, Gilberte. Le jour de la rentrée, la maîtresse portant le même patronyme (Pellet !), pensait que son élève voulait se payer sa tête en lui dictant effrontément nom et prénom au moment de l’appel.

Passée cette anicroche, Gilberte éprouva beaucoup de plaisir à aller à l’école. Elle apprenait sans peine, et avait de très bons résultats. Malheureusement, et malgré l’incompréhension de son enseignante, elle ne pourra pas poursuivre de longues études. En effet, les problèmes cardiaques que connaissait sa maman l’ont contrainte à s’occuper d’elle, et par conséquent, à rester à la ferme pour y travailler.

Et, c’est donc à Bard, pendant le maquis, qu’elle rencontra Joseph PELLET-GALLAY, qui était venu se réfugier alors qu’il avait été dénoncé au même titre que trois de ses amis. Gilberte garde en mémoire des souvenirs de cette époque où la peur était hélas le lot quotidien.

Après cette dure période, Joseph deviendra son mari au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. De cet heureux mariage, naîtront deux enfants : Monique en 1946, puis Robert en 1952. Après être rentré dans la gendarmerie, Joseph se consacrera autant aux travaux forestiers qu’à la maçonnerie. Il participera activement à la vie de sa commune en tant que conseiller municipal pendant deux mandats. Gilberte, quant à elle, tout en élevant ses enfants continuera de gérer l’exploitation agricole.

Elle devra cependant surmonter une terrible épreuve en 1989, avec la disparition brutale de son mari. Elle parviendra à traverser cet épisode douloureux de la vie grâce  au soutien et à la présence de la famille et de ses amis.

Aujourd’hui, et malgré des soucis de santé, Gilberte, cinq fois grand-mère et sept fois arrière-grand-mère, continue d’arborer un large sourire et n’hésite pas à nous faire partager sa bonne humeur. A la veille de son 90ème anniversaire, nous lui souhaitons à la fois bonne santé et de vivre heureuse encore de nombreuses années.

DSC_0219

MADAME GAVARD-LONCHEY Yvonne, Née VERDAN

 

Yvonne est née à Fillinges (Arpigny), le 11 août 1922, fille de Marcel VERDAN (dit « Marcel à Nono ») agriculteur et cantonnier, et de Jeanne CARRAZ.

Yvonne a deux sœurs, Denise née le 10 août 1930, et a perdu sa seconde sœur décédée à l’âge de 7 ans.

Yvonne entre à l’école primaire de Fillinges et obtient sans difficulté son certificat d’études à la fin de sa scolarité. Sa mémoire ne lui faisant pas défaut, elle ne peut s’empêcher de nous confier que lors d’une visite de M. l’Inspecteur, des élèves se sont mis à « bêler » pour se moquer de leurs camarades portant le même nom que l’institutrice, Madame… Mouthon ! Brillante élève, elle poursuit ses études au Collège de Bonneville, puis au Lycée des Glières à Annemasse afin de décrocher le Brevet Elémentaire. Hélas, nous sommes en 1940, Yvonne va avoir dix-huit ans. Le retentissement d’une sirène pendant une épreuve de rédaction du Brevet contraint les candidats à abandonner leur salle en catastrophe. L’examen est reporté au mois de septembre…  Yvonne ne pourra malheureusement, pas s’y rendre. Pendant la guerre, elle se souvient avoir vu de « vilaines choses », mais avoue ne pas avoir trop souffert : « on était à la campagne… »

Durant cette période, Yvonne travaille à Fillinges naviguant entre l’école, le secrétariat et la mairie.  A l’école, elle prépare les tableaux et supplée l’enseignante dans la gestion de sa classe de… 60 élèves. Son penchant pour l’enseignement reste très marqué. C’est ainsi qu’on lui proposa d’occuper un poste d’institutrice dans le nord. C’était compter sans la désapprobation de son père qui s’est toujours opposé à son départ. A la suite de quoi, elle décida de partir avec une amie à Roanne pour s’occuper d’enfants handicapés. Expérience infructueuse qui la fit rentrer « au pays »…

Quelques temps plus tard, au détour d’une représentation d’un cirque, qui avait planté son chapiteau à Fillinges, elle fit la connaissance de Roger. Après plusieurs rencontres « en cachette », leur union devait se concrétiser le 27 avril 1946 par un mariage. De cette union naîtront trois enfants : Monique en 1952, Régis en 1953 et Nadine en 1961. Même si le travail à la ferme n’est pas chose facile et qu’« à chaque jour suffit sa peine », Yvonne garde à l’esprit la bonne ambiance qui régnait à l’époque dans le village : entraide et solidarité étaient les maîtres mots.

Après 61 ans de vie commune, Roger son mari âgé de 87 ans disparaît suite à une maladie, la veille de Noël 2007. Depuis ce printemps, Yvonne est pour la deuxième fois arrière-grand-mère, après avoir été six fois grand-mère.

Aujourd’hui encore, Yvonne lit beaucoup (livres, revues, journaux…), elle est passionnée de mots croisés et mots fléchés. D’ailleurs, tout nous laisse penser que le dictionnaire qui trône sur un coin de la table de la cuisine n’est pas là pour faire décoration, quand on l’entend s’exprimer avec un vocabulaire aussi élaboré et avec autant d’aisance.

Le soir, elle aime bien regarder à la télévision les actualités ainsi que… « plus belle la vie »... il ne pourrait pas en être autrement avec une telle vitalité ! et comme nous l’a répété si souvent Yvonne, « c’était le bon temps ! », nous ne pouvons que lui souhaiter d’en prendre encore… pendant longtemps !